SignalTrace est un système développé par Leonardo qui enrichit les lecteurs automatiques de plaques (ALPR) en détectant les appareils connectés présents dans un véhicule – smartphones, montres, capteurs TPMS. Ces identifiants, couplés à la plaque et horodatés, constituent une empreinte électronique unique traçable même si le conducteur change de véhicule.
Ce qu’il faut retenir
- SignalTrace (Leonardo) ajoute des capteurs aux lecteurs de plaques pour détecter smartphones, Bluetooth, TPMS et tags RFID dans les véhicules.
- L’algorithme associe les appareils récurrents à une plaque et une localisation horodatée : l’empreinte persiste si vous changez de véhicule.
- Le système est commercialisé aux États-Unis uniquement – aucun déploiement confirmé en France ou en Europe à ce jour (juin 2026).
- En droit européen, l’adresse MAC couplée à une plaque constitue une donnée personnelle soumise au RGPD (Règlement UE 2016/679) ou à la Directive 2016/680 selon l’acteur déployant le système.
- SignalTrace ne lit pas le contenu des communications : seuls les identifiants de diffusion passive sont collectés.
Qu’est-ce que SignalTrace ?
Leonardo S.p.A. est un groupe italo-américain de défense et de sécurité, coté à la bourse de Milan, valorisé à environ 29,76 milliards d’euros en juin 2026 selon Trading Economics. Sa filiale américaine, Leonardo US Cyber and Security Solutions, commercialise depuis deux décennies les systèmes ALPR (Automatic License Plate Reader) sous la marque ELSAG. SignalTrace est la dernière évolution de cet écosystème : un module logiciel qui enrichit les lecteurs de plaques existants en y ajoutant des capteurs de signaux électroniques.
Pour comprendre le fonctionnement de base des lecteurs automatiques de plaques (LAPI) classiques, consultez notre article dédié. La différence avec SignalTrace est structurelle : un ALPR classique lit la plaque. SignalTrace lit la plaque et les appareils dans le véhicule.
| Critère | ALPR / LAPI classique | ELSAG SignalTrace |
|---|---|---|
| Données collectées | Plaque + lieu + heure | Plaque + lieu + heure + identifiants appareils connectés |
| Si changement de plaque | Lien perdu | Empreinte électronique maintenue via les appareils |
| Déploiement en France | Oui (forces de l’ordre) | Non (États-Unis uniquement, juin 2026) |
| Cadre juridique FR | Directive 2016/680 | RGPD (acteur privé) ou Directive 2016/680 (police), selon le déployeur |
Comment SignalTrace construit une empreinte électronique ?
SignalTrace ne se substitue pas aux capteurs de plaques. Il s’y ajoute. Des capteurs positionnés stratégiquement – sur des mâts, des ponts, des véhicules de patrouille — balayent en continu les signaux électroniques émis passivement par les appareils dans leur rayon. Ces données sont ensuite corrélées avec la plaque lue simultanément par le lecteur ALPR.
Les appareils détectés dans le véhicule
Selon la fiche produit ELSAG, SignalTrace détecte les catégories suivantes :
- Smartphones (adresse MAC, Media Access Control, identifiant matériel unique de la carte réseau, et IMEI, numéro d’identité internationale de l’équipement mobile) : tout téléphone allumé diffuse des signaux Bluetooth et Wi-Fi passifs détectables sans interaction.
- Montres connectées et écouteurs Bluetooth : chaque appareil Bluetooth émet un identifiant unique lors de sa recherche de connexion.
- Capteurs TPMS (Tyre Pressure Monitoring System, capteurs de pression des pneus obligatoires sur les véhicules neufs EU depuis 2014) : ils émettent un signal radio à fréquence régulière, propre à chaque véhicule.
- Tags RFID (Radio-Frequency Identification) : clés de voiture, badges d’accès, mais aussi puces de microchip pour animaux de compagnie transportés dans le véhicule.
- Ordinateurs portables, tablettes, hotspots Wi-Fi embarqués : tout appareil diffusant un réseau Wi-Fi ou cherchant à s’y connecter.
- Systèmes infodivertissement connectés du véhicule : autoradios, interfaces Android Auto ou CarPlay, modules télématiques.
SignalTrace n’accède pas au contenu des communications. Seuls les identifiants de diffusion passive sont enregistrés.
Le couplage plaque + fingerprint électronique
Le principe de l’algorithme repose sur la récurrence. Lorsque les mêmes appareils se déplacent de façon répétée avec une même plaque, SignalTrace les associe avec horodatage et géolocalisation.
Cas concret
Un conducteur d’une Peugeot 308 diesel passe chaque matin devant un capteur avec son iPhone, son Apple Watch et ses AirPods. En trois passages, SignalTrace associe ces trois appareils à la plaque du véhicule avec leur horodatage respectif. Trois passages suffisent à constituer une signature stable. Cette combinaison devient un profil de déplacement requêtable par les enquêteurs, indépendamment de toute infraction commise.
Cette logique d’agrégation distingue SignalTrace d’un simple radar : ce n’est pas un événement ponctuel qui déclenche la surveillance, c’est la répétition d’un comportement ordinaire.
La persistance du suivi même après changement de véhicule ou de plaque
Là où un ALPR classique perd la trace d’un conducteur dès qu’il change de plaque, SignalTrace maintient le lien. Les appareils personnels restent les mêmes : smartphone, montre, écouteurs. L’empreinte électronique demeure valide quel que soit le véhicule utilisé.
Les données sont archivées dans l’EOC (Enterprise Operations Center, plateforme centrale de gestion et d’analyse des données ELSAG) pour « requêtes et analyses futures », sans durée de conservation précisée dans les documents publics disponibles.
Quels usages Leonardo annonce-t-il pour SignalTrace ?
Identifier des suspects et détecter des convois
La cible déclarée est le maintien de l’ordre : la fiche produit ELSAG revendique trois segments – forces de l’ordre locales (Law Enforcement), sécurité aux frontières (Border Security) et centres de commandement en temps réel (Real Time Crime Centers). Le cas d’usage officiel central est l’identification d’un suspect dont on connaît les appareils mais pas le véhicule, ou la détection de convois – plusieurs véhicules partageant des appareils récurrents entre eux. Un second marché est cité dans les documents commerciaux : la lutte contre le vol en grande surface (retail crime).
Des déploiements hors routes : gares, centres commerciaux, événements
C’est le point qui préoccupe le plus les experts en vie privée. SignalTrace fonctionne sans plaque visible et sans route : transports en commun, parkings couverts, stades, centres commerciaux. La plaque d’immatriculation n’est plus un prérequis – les appareils seuls peuvent suffire à constituer la signature.
Prenons l’exemple d’une gare ou d’un centre commercial équipé de capteurs : le badge de transport sans contact d’un piéton, son smartphone et ses écouteurs pourraient être associés à une plaque précédemment enregistrée lors d’un passage en voiture. Les systèmes ALPR classiques n’ont de pertinence que là où des véhicules circulent. SignalTrace décorrèle la surveillance du contexte routier – si un tel dispositif devait être déployé en France, ce qui n’est pas le cas à ce jour.
Ce que ça implique concrètement pour le conducteur ordinaire
Vous n’avez commis aucune infraction pour figurer dans la base de données SignalTrace. Tout conducteur passant devant un capteur actif est enregistré passivement, qu’il soit suspect ou non. C’est la logique même du système : collecter en amont pour requêter en aval.
Ce que SignalTrace ne fait pas : il ne lit pas vos messages, n’accède pas à votre GPS, ne déchiffre pas vos communications. Ce qu’il fait : il enregistre les identifiants de diffusion passive de vos appareils et les conserve dans une base de données requêtable par les enquêteurs lors d’une procédure d’investigation.
En pratique
Trois objets connectés suffisent à créer une signature quasi unique. Un conducteur transportant un iPhone, une Apple Watch et des AirPods génère une combinaison d’identifiants Bluetooth et Wi-Fi que SignalTrace peut reconnaître lors de passages ultérieurs. Parmi cent véhicules équipés d’un iPhone, un seul associe ce modèle précis à cette montre et ces écouteurs – selon l’exemple fourni dans les documents commerciaux de Leonardo.
Le risque immédiat en France est nul : SignalTrace n’y est pas déployé. Le risque est structurel – un précédent technologique qui peut inspirer des initiatives similaires, dans un cadre réglementaire européen qui n’a pas encore été mis à l’épreuve par ce type de système. C’est pourquoi connaître le cadre juridique applicable est utile dès maintenant.
Est-ce légal ? RGPD et cadre juridique européen
SignalTrace est commercialisé aux États-Unis. Aucun déploiement n’a été annoncé en France ou dans l’Union européenne à ce jour. La question juridique est donc prospective – mais elle mérite d’être posée avec précision.
Si un système équivalent venait à être déployé en Europe, deux cadres juridiques s’appliqueraient selon l’acteur concerné.
Pour les autorités de police judiciaire, c’est la Directive 2016/680 dite « Police-Justice » qui s’appliquerait. Elle encadre le traitement des données personnelles par les autorités compétentes à des fins de prévention et détection des infractions pénales. Elle exige une base légale précise, une finalité déterminée, des garanties contre les abus. En France, elle a été transposée au sein du chapitre XIII de la loi Informatique et Libertés (loi n° 2018-493 du 20 juin 2018, modifiée par l’ordonnance n° 2018-1125 du 12 décembre 2018).
Pour tout acteur privé – un gestionnaire de centre commercial, par exemple – c’est le RGPD (Règlement UE 2016/679) qui s’appliquerait. Les bases légales envisageables sont le consentement (impraticable dans un contexte public de masse) ou l’intérêt légitime (soumis à un test de proportionnalité strict).
Le nœud juridique est le principe d’agrégation. Prise isolément, une adresse MAC n’est pas toujours identifiante. Associée à une plaque, une heure et une localisation récurrente, elle devient une donnée à caractère personnel au sens de l’article 4 du RGPD – toute personne « directement ou indirectement identifiable ».Cette qualification s’appuie sur le considérant 30 du RGPD, qui cite explicitement les tags RFID et les identifiants en ligne comme exemples de données rendant une personne identifiable lorsqu’ils sont combinés à d’autres informations. La CNIL a confirmé cette lecture dès le 24 février 2020, dans sa position sur les dispositifs de mesure d’audience et de fréquentation par Wi-Fi/Bluetooth dans les espaces accessibles au public, en qualifiant explicitement l’adresse MAC de donnée à caractère personnel.
La CNIL a publié un pack de conformité sur les véhicules connectés (source : CNIL, pack véhicules connectés, 2018) qui précise que toute donnée permettant d’identifier un conducteur – y compris indirectement via le numéro de plaque ou un identifiant d’appareil – relève du RGPD.
| Question | Réponse courte | Référence juridique |
|---|---|---|
| SignalTrace déployé en France ? | Non (États-Unis uniquement) | — |
| Adresse MAC = donnée personnelle en EU ? | Oui (indirectement, par agrégation) | RGPD art. 4 + EDPB Guidelines 01/2020 |
| Cadre applicable si police FR l’utilisait | Directive 2016/680 | Loi n° 2018-493 du 20 juin 2018 / Chap. XIII LIL |
| Cadre applicable si acteur privé l’utilisait | RGPD | Règlement UE 2016/679 |
| Sanction max RGPD | 20 M€ ou 4 % du CA mondial | RGPD art. 83 |
Conclusion
SignalTrace marque une évolution structurelle : la plaque d’immatriculation n’est plus le seul identifiant routier. Les appareils que vous transportez deviennent une signature complémentaire, plus difficile à modifier qu’un numéro de plaque. Suivez les positions de la CNIL et du Parlement européen sur ces technologies — le cadre juridique EU n’a pas encore été mis à l’épreuve par ce type de système. Et vérifiez que votre plaque est conforme : une plaque homologuée, lisible et correctement fixée est la base d’un trajet sans mauvaise surprise.
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- Leonardo US — ELSAG — Page produit officielle SignalTrace (leonardocompany-us.com) 🔗
- Leonardo US — About Us — Lien capitalistique ELSAG / Leonardo S.p.A. 🔗
- CNIL — Directive Police-Justice (Directive 2016/680) — transposition en droit français 🔗
- CNIL — Dispositifs de mesure d’audience et de fréquentation dans des espaces accessibles au public (24 février 2020) 🔗
- Légifrance — Loi n° 2018-493 du 20 juin 2018 relative à la protection des données personnelles 🔗
- EUR-Lex — Règlement UE 2016/679 (RGPD) — art. 4 et art. 83 🔗
Leonardo SignalTrace
Qu'est-ce que SignalTrace de Leonardo ?
SignalTrace est un système développé par la division ELSAG de Leonardo S.p.A. qui enrichit les lecteurs automatiques de plaques (ALPR) en y ajoutant des capteurs capables de détecter les identifiants d’appareils connectés présents dans les véhicules — smartphones, montres, écouteurs, capteurs TPMS. Ces identifiants sont associés à la plaque d’immatriculation et archivés dans une base de données requêtable par les enquêteurs. Le système est commercialisé auprès des forces de l’ordre américaines.
SignalTrace est-il déjà déployé en France ou en Europe ?
Non. À la date de publication de cet article (juin 2026), SignalTrace est commercialisé exclusivement aux États-Unis, auprès de forces de l’ordre et d’agences gouvernementales américaines. Aucun déploiement n’a été annoncé dans l’Union européenne. La technologie existe et peut inspirer des initiatives similaires. La CNIL et le Parlement européen n’ont pas encore pris de position officielle sur ce système spécifique.
Peut-on être pisté via sa plaque d'immatriculation sans le savoir ?
Avec un ALPR classique, oui : votre plaque est enregistrée à chaque passage devant une caméra. SignalTrace va plus loin en associant aussi vos appareils connectés à votre plaque, créant une empreinte traçable même si vous changez de véhicule. En France, les LAPI sont déployés par les forces de l’ordre dans un cadre légal précis. SignalTrace, lui, n’est pas déployé sur le territoire français à ce jour.
SignalTrace est-il légal en France ?
La question est prospective : SignalTrace n’est pas déployé en France. Si un système équivalent l’était, deux cadres juridiques s’appliqueraient : la Directive 2016/680 pour les autorités de police judiciaire, et le RGPD (Règlement UE 2016/679) pour tout acteur privé. L’adresse MAC associée à une plaque, un lieu et une heure constitue une donnée personnelle au sens de l’article 4 du RGPD. Un déploiement sans base légale explicite exposerait l’opérateur à des sanctions pouvant atteindre 20 millions d’euros ou 4 % du chiffre d’affaires annuel mondial (article 83 RGPD).
Quels appareils SignalTrace peut-il détecter dans mon véhicule ?
Selon la fiche produit ELSAG, SignalTrace détecte : les smartphones (via adresse MAC et IMEI), les montres connectées et écouteurs Bluetooth, les capteurs TPMS (pression des pneus, obligatoires sur les véhicules neufs EU depuis 2014), les tags RFID (clés de voiture, badges, puces animaux), les ordinateurs portables et tablettes, les systèmes infodivertissement connectés du véhicule. Le système enregistre uniquement les identifiants de diffusion passive — il n’accède pas au contenu des communications.
Comment fonctionne un lecteur de plaque d'immatriculation (LAPI) ?
Un LAPI (Lecture Automatisée de Plaques d’Immatriculation) est une caméra qui photographie les plaques des véhicules en mouvement, les compare en temps réel à des bases de données (véhicules volés, fichiers de recherche) et horodate chaque passage. En France, les LAPI sont utilisés par les forces de l’ordre dans un cadre légal défini. Pour un décryptage complet, consultez notre article dédié sur les LAPI. SignalTrace est un enrichissement de ces systèmes, pas un LAPI en soi.
RGPD et surveillance voiture : quels droits pour les conducteurs français ?
En France, la CNIL encadre le traitement des données personnelles liées aux véhicules. Son pack de conformité véhicules connectés (publié en 2018) précise que toute donnée permettant d’identifier un conducteur — y compris indirectement via le numéro de plaque ou un identifiant d’appareil — constitue une donnée personnelle. Les conducteurs disposent d’un droit d’accès (RGPD art. 15), de rectification et d’effacement sur les données les concernant, sauf exception pour les traitements à des fins pénales relevant de la Directive 2016/680.
Changer de plaque d'immatriculation permet-il d'échapper à SignalTrace ?
Non. C’est précisément l’argument commercial de SignalTrace : un ALPR classique perd la trace d’un conducteur dès qu’il change de plaque. SignalTrace maintient le lien via les appareils connectés embarqués — adresse MAC du smartphone, identifiants Bluetooth des montres et écouteurs, capteurs TPMS du véhicule. Ces identifiants sont liés à la personne, pas au véhicule.